Is this the scent of anarchy ?
Le 12 juillet sortira chez Sephora un parfum Etat Libre d'Orange exclusif inspiré par les Sex Pistols. La fragrance, sobrement intitulée Sex Pistols, a été composée par le nez Mathilde Bijaoui à qi l'on doit déjà Like This (toujours chez ELO, sorti au mois de mars), Lily and Spice de Penhaligon's ainsi que le Cédrat chez Roger & Gallet.
Ce parfum se veut inspiré par l'esprit de rébellion du punk anglais et, conformément à la tradition de chez ELO, en rupture avec les codes de la parfumerie moderne. La composition contiendrait donc, d'après la description officielle une note de tête de citron et d'aldéhydes, suivi de notes de d'ambrette, de poivre noir, d'héliothrope (ça ne fait pas très « rebelle » pour moi, mais bon …), de patchouli et de cuir.
Je ne peut pas ici me prononcer sur la fragrance en elle-même que je n'ai pas encore sentie. Mais il est légitime de s'interroger sur l'opportunité choisie par Etat Libre d'Orange de sortir un parfum en exclusivité chez Sephora.
En soi, l'idée n'est pas mauvaise : distribuer des marques niches dans une enseigne de grande distribution parfumée est un bon moyen pour une marque niche de se faire connaître. On peut par exemple trouver un choix de créations Serge Lutens chez Sephora également. Pour ELO, ce n'est d'ailleurs pas la première fois qu'un de leur parfum est distribué chez cette enseigne : on se souviendra qu'en 2007 déjà ils avaient sorti en exclusivité Noël au Balcon, une fragrance honnête et agréable mais qui n'avait pas l'aura d'un Vierges et Toreros (ce parfum est disponible à la boutique rue des Archives). Ils avaient d'ailleurs renouvelé l'expérience l'année d'après avec Bendelirious, un très bel iris avec un accord de champagne et de cerise en note de tête, et ce pour le grand magasin new-yorkais Bendel. ELO n'en est donc pas à sa première collaboration avec une grande enseigne de distribution.
Cependant, je trouve regrettable que, dans cette hypothèse, ils continuent à clamer haut et fort leur singularité, leur volonté de rupture alors que de part le choix de leur inspiration (les Sex Pistols, mais je reviendrais là-dessus plus tard) et leur mode de distribution, ils se rapprochent de plus en plus d'un produit mainstream et sans âme. Et, je trouve, c'est bien dommage d'adopter une attitude hypocrite (après, je le répète, je n'ai PAS senti cette fragrance donc je suis incapable de juger de sa valeur).
Tout d'abord, ce choix d'une égérie punk. Le punk n'existe pas et n'a jamais existé, et s'en revendiquer -à l'heure actuelle en plus- lorsqu'on a plus de 16 ans, c'est un peu minable. Lorsqu'on a 14 ans et qu'on fait du bruit pour énerver ses parents c'est touchant, mais après, c'est simplement pathétique.
Ensuite, n'importe quelle personne possédant une culture musicale basique est au courant que les Sex Pistols ne sont qu'une création du docteur Frankenstein qu'était Malcolm McLaren et que l'énergie musicale de ces années n'a rien à voir avec ce groupe de pantins. Lorsqu'on écoute ne serait-ce qu'un peu attentivement Never Mind The Bollocks, on se rend bien compte que cet enregistrement n'est pas l'oeuvre spontanée d'un quelconque génie musical mais qu'il s'agit juste d'un production bien léchée avec 14 couches de Les Paul. Cet album de plus n'est sorti qu'à la fin de ce soit-disant mouvement punk (en octobre 1977 pour être précise) alors qu'à l'époque il y avait des trucs bien plus excitants qui existaient. Donc voilà, pour capter cette idée de rebellitude, il y avait de meilleurs choix à faire.
Je ne sais pas, peut-être que d'un aspect purement esthétique, ce côté punk leur plaît, les Sex Pistols étant plus des égéries rock'n'roll qu'autre chose (et le rock'n'roll, ça se vent bien, surtout lorsqu'il ne s'agit PAS de musique).
Et puis, pour dire les choses, c'est un groupe qui se vent en passant son temps à se reformer et faire des concerts pour remplir leurs caisses. Je ne saurait dire si l'initiative vient de ELO et qu'elle a été approuvé immédiatement par les Pistols par manque d'argent ou pour toute autre raison mais je doit dire que cet aspect ultra marketing ne me plaît pas du tout.
C'est sûr, ce parfum semble plutôt se destiner à l'ado de 15 qui fait son rebelle et qui achète l'accessoire qui manquait à sa panoplie plutôt qu'à la clientèle qu'ils semblent parfois viser. C'est à dire celle de bobos à t-shirt vintage et barbe de 3 jours qui lisent les Inrocks et qui se prennent pour des libertins simplement parce que leur parfum s'appelle Sécrétions Magnifiques (qu'ils ont d'ailleurs choisi pour le nom) et qu'ils ont failli participer à une orgie. (Désolée, j'adore réduire les gens à des stéréotypes sociologiques).
A vrai dire, ils auraient été plus crédibles en utilisant le Velvet Underground qui, en plus de bien se vendre (et de faire de la bonne musique, il faut avouer), a un côté plus intello et plus … underground. Qui serait parfait en égérie réconciliant le côté sexe de Etat Libre d'Orange (leur chanson Venus in Furs serait selon moi une inspiration parfaite pour un nouveau parfum), le côté intello snob des bobos et grand public des clients Sephora (du moins les porteurs de mèches et de jeans slim).
Succès marketing, certainement. Après, j'attends ce que me dira mon nez.
