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vendredi 14 mai 2010

Serge Noire




Serge Noire est un parfum sorti fin 2008 par Serge Lutens. Ce parfum, ainsi qu'El Attarine, mettrait fin la la période de creux artistique qu'aurait traversée Serge Lutens les 3-4 années précédentes (je ne peut pas me permettre de juger par moi même, étant donné que je n'ai pour l'instant pas suffisamment de recul sur son travail).


Avec Serge Noire, on retrouve la patte du maître qui l'a rendu célèbre, à savoir une composition ambrée-boisée (ses matières de prédilection), légèrement fumée. Dans la description du parfum donnée par le site de la marque, un seul mot : cendré. De quoi maintenir le mystère. Et d'ailleurs, à ce titre, Serge Noire est un parfum mystérieux.

D'abord, le titre : à la fois une référence au prénom du maître et à la toile des tabliers d'écoliers d'autrefois. Et puis cet adjectif : noir. On sait que Serge Lutens sait habilement jouer de synesthésies pour les noms de ses parfums en leur attribuant des couleurs (comme autrefois Rimbaud avec les voyelles - mais il s'agit là d'une autre histoire, et d'un autre domaine). On a donc eu des Chypre Rouge, Santal Blanc, et autres Gris Clair. Mais ici noir, une couleur ayant une signification très particulière dans la culture occidentale : le noir des soutanes, des costumes masculins, des vêtements de deuil, de l'habit des puritains religieux du XVIe siècle. On entre ici dans un univers masculin, sacré, voire un peu morbide. Et c'est exactement ce que retranscrit ce parfum (qui fait d'ailleurs partie de la "collection noire" de l'artiste).




(Au XVI e siècle, pendant les guerres de religions, le costume -masculin et féminin- a subi d'importantes modifications pour finalement arriver à un idéal de sobriété - excepté les fraises en dentelle peut-être. Cela tenait essentiellement au fait que catholiques comme protestants essayer de prouver aux yeux de tous de leur dévotion - et ce serait donc à celui qui sera le plus pieux que Dieu accordera la rédemption. Leur vêtement, noir, était un moyen comme un autre de prouver leur piété. Ci dessus, le portrait de Catherine de Médicis)



Un parfum noir, mais qui est travaillé en clair obscur. La tête se compose de "notes éthérées", très versatile qui, d'emblée, donnent un aspect étrange à la composition. On sent ensuite très distinctement des résines -encens et benjoin- finement travaillées qui lui confèrent le côté mystique. Cet ensemble est réchauffé par des épices, notamment de la cannelle et peut-être du clou de girofle. Le fond est boisé, avec un très beau patchouli sur lequel repose toute la structure, et aussi des notes ambrées un peu chaudes. On a donc affaire à une composition magnifique, subtilement équilibrée entre le côté poivré-fumé du patchouli et des résines, et de l'autre, la facette chaude et camphré des épices, le tout se confondant dans des volutes de cette "note éthérée" que l'on perçoit au début.


Techniquement, je dirais plutôt que Serge Noire a la puissance d'un clair obscur. Sombre, mais laissant apparaître des notes plus claires et plus chaudes. Il a un côté un peu mélancolique que j'apprécie beaucoup. Lorsque je le sens, j'imagine tout de suite une atmosphère un peu gothique, un peu romantique : un exemple parfait de ce qu'aurait été le travail de Caspar David Friedrich si celui-ci avait été parfumeur. Un parfum de pure imagination qui n'emprunterait à la nature que certains de ses traits afin de nous la rendre reconnaissable malgré tout (je suis assez loquace sur ce sujet, la peinture de paysages -rêvés, fantasmés- est un sujet qui me passionne).


Caspar David Friedrich, The Cross in the Mountains, 1812


J'ai parlé du côté masculin de ce parfum. Malgré tout, à mes yeux, celui-ci reste un pur parfum mixte. Il ne fait que dégager une atmosphère de masculinité, à cause de sa sobriété et de la référence à la toile noire (pour ma part, j'imagine tout de suite les toges des étudiants britanniques du début du siècle à Cambridge). Une femme peut tout à fait le porter. Un parfum de brune, même.


Un parfum raffiné, donc à essayer de toute urgence pour les amateurs d'art, de costumes bien taillés ou tout simplement si vous vous sentez d'humeur un peu mystique.

mardi 13 avril 2010

déclaration esthétique


"The artist is the creator of beautiful things.

To reveal art and conceal the artist is art's aim.

The critic is he who can translate into another manner or a new material his impression of beautiful things.

The highest as the lowest form of criticism is a mode of autobiography. Those who find ugly meanings in beautiful things are corrupt without being charming.

This is a fault.

Those who find beautiful meanings in beautiful things are the cultivated. For these there is hope.

They are the elect to whom beautiful things mean only beauty.

There is no such thing as a moral or an immoral book. Books are well written, or badly written.

That is all.

The nineteenth century dislike of realism is the rage of Caliban seeing his own face in a glass.

The nineteenth century dislike of romanticism is the rage of Caliban not seeing his own face in a glass.

The moral life of man forms part of the subject-matter of the artist, but the morality of art consists in the perfect use of an imperfect medium. No artist desires to prove anything. Even things that are true can be proved.

No artist has ethical sympathies.

An ethical sympathy in an artist is an unpardonable mannerism of style. No artist is ever morbid. The artist can express everything.

Thought and language are to the artist instruments of an art.

Vice and virtue are to the artist materials for an art.

From the point of view of form, the type of all the arts is the art of the musician.

From the point of view of feeling, the actor's craft is the type.

All art is at once surface and symbol.

Those who go beneath the surface do so at their peril.

Those who read the symbol do so at their peril.

It is the spectator, and not life, that art really mirrors.

Diversity of opinion about a work of art shows that the work is new, complex, and vital.

When critics disagree, the artist is in accord with himself.

We can forgive a man for making a useful thing as long as he does not admire it. The only excuse for making a useless thing is that one admires it intensely.

All art is quite useless."

Oscar Wilde, The Picture Of Dorian Gray