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dimanche 6 mai 2012

Witches and Wizards


I know it might appear as totally crazy to some of you but an evidence appeared to me a few days ago, while I was watching some music videos by Kate Bush, an artist that I strangely love to listen to during this period of the year (few weeks before Halloween, I thing it’s pretty normal for an artist
who makes witches music).



Well anyway I was watching her videos* and while I came to Running Up That Hill, I had an illumination : “This is so Serge Lutens-esque ! “  I mean, really, I noticed a strong connection between her visual identity and Serge Lutens universe, especially his pictures. And then I naturally
thought of his perfume. Which Lutens fragrance could be combined with this great music ?




I know Luten’s creationg are strongly inspired by the Middle-East and East of Asia, by orientalism and exotism. But the fragrances that are more inspired by Europe also don’t lack mysticism (think about Chêne, Iris Silver Mist, Un Lys, Rousse, even Féminité du Bois). A mysticism which could suit Kate’s Bush somehow strange and fairy world.
I first thought about Féminité du Bois (don’t ask me why) but then I thought of the delicate and powdery Clair de Musc. Clair de Musc, definitely a perfume for a wood nymph, created by a wizard of scent.

*(and I also learned that some people are actually convinced that’s she’s a copycat of Florence and the Machine. I didn’t even wanted to try to understand)




vendredi 14 mai 2010

Serge Noire




Serge Noire est un parfum sorti fin 2008 par Serge Lutens. Ce parfum, ainsi qu'El Attarine, mettrait fin la la période de creux artistique qu'aurait traversée Serge Lutens les 3-4 années précédentes (je ne peut pas me permettre de juger par moi même, étant donné que je n'ai pour l'instant pas suffisamment de recul sur son travail).


Avec Serge Noire, on retrouve la patte du maître qui l'a rendu célèbre, à savoir une composition ambrée-boisée (ses matières de prédilection), légèrement fumée. Dans la description du parfum donnée par le site de la marque, un seul mot : cendré. De quoi maintenir le mystère. Et d'ailleurs, à ce titre, Serge Noire est un parfum mystérieux.

D'abord, le titre : à la fois une référence au prénom du maître et à la toile des tabliers d'écoliers d'autrefois. Et puis cet adjectif : noir. On sait que Serge Lutens sait habilement jouer de synesthésies pour les noms de ses parfums en leur attribuant des couleurs (comme autrefois Rimbaud avec les voyelles - mais il s'agit là d'une autre histoire, et d'un autre domaine). On a donc eu des Chypre Rouge, Santal Blanc, et autres Gris Clair. Mais ici noir, une couleur ayant une signification très particulière dans la culture occidentale : le noir des soutanes, des costumes masculins, des vêtements de deuil, de l'habit des puritains religieux du XVIe siècle. On entre ici dans un univers masculin, sacré, voire un peu morbide. Et c'est exactement ce que retranscrit ce parfum (qui fait d'ailleurs partie de la "collection noire" de l'artiste).




(Au XVI e siècle, pendant les guerres de religions, le costume -masculin et féminin- a subi d'importantes modifications pour finalement arriver à un idéal de sobriété - excepté les fraises en dentelle peut-être. Cela tenait essentiellement au fait que catholiques comme protestants essayer de prouver aux yeux de tous de leur dévotion - et ce serait donc à celui qui sera le plus pieux que Dieu accordera la rédemption. Leur vêtement, noir, était un moyen comme un autre de prouver leur piété. Ci dessus, le portrait de Catherine de Médicis)



Un parfum noir, mais qui est travaillé en clair obscur. La tête se compose de "notes éthérées", très versatile qui, d'emblée, donnent un aspect étrange à la composition. On sent ensuite très distinctement des résines -encens et benjoin- finement travaillées qui lui confèrent le côté mystique. Cet ensemble est réchauffé par des épices, notamment de la cannelle et peut-être du clou de girofle. Le fond est boisé, avec un très beau patchouli sur lequel repose toute la structure, et aussi des notes ambrées un peu chaudes. On a donc affaire à une composition magnifique, subtilement équilibrée entre le côté poivré-fumé du patchouli et des résines, et de l'autre, la facette chaude et camphré des épices, le tout se confondant dans des volutes de cette "note éthérée" que l'on perçoit au début.


Techniquement, je dirais plutôt que Serge Noire a la puissance d'un clair obscur. Sombre, mais laissant apparaître des notes plus claires et plus chaudes. Il a un côté un peu mélancolique que j'apprécie beaucoup. Lorsque je le sens, j'imagine tout de suite une atmosphère un peu gothique, un peu romantique : un exemple parfait de ce qu'aurait été le travail de Caspar David Friedrich si celui-ci avait été parfumeur. Un parfum de pure imagination qui n'emprunterait à la nature que certains de ses traits afin de nous la rendre reconnaissable malgré tout (je suis assez loquace sur ce sujet, la peinture de paysages -rêvés, fantasmés- est un sujet qui me passionne).


Caspar David Friedrich, The Cross in the Mountains, 1812


J'ai parlé du côté masculin de ce parfum. Malgré tout, à mes yeux, celui-ci reste un pur parfum mixte. Il ne fait que dégager une atmosphère de masculinité, à cause de sa sobriété et de la référence à la toile noire (pour ma part, j'imagine tout de suite les toges des étudiants britanniques du début du siècle à Cambridge). Une femme peut tout à fait le porter. Un parfum de brune, même.


Un parfum raffiné, donc à essayer de toute urgence pour les amateurs d'art, de costumes bien taillés ou tout simplement si vous vous sentez d'humeur un peu mystique.