dimanche 23 mai 2010

bang

Marc Jacobs sort un nouveau parfum. Bien sûr, tout va être dit et redit à ce sujet. Pour une marque qui est passé en quelques années du statut de parfumerie niche à celui de produits mainstream, je ne m'attends pas forcément à quelque chose de faramineux. Je verrais bien au moment voulu . Par contre le flacon me plaît beaucoup et, je ne sais pas pourquoi, il me fait penser à celui de Vol de Nuit de Guerlain.



J'adore les pubs Marc Jacobs réalisées par Juergen Teller : je trouve que le traitement de l'image, un peu viellie, ne manque pas de charme. Elles ont aussi un côté un peu intimiste de photos souvenir d'amateurs bien qu'elles soient extrêmement travaillées.
Bon, ici, on a droit à Marc Jacobs nu, ce qui ne fait que confirmer le fait que le designer, après les photos réalisées par Terry Richardson pour le Harpers Bazaar en 2008, adore toujours autant poser à poil.



(photos du shooting pour le Harpers Bazaar en question)


Je sais, ce post est totalement dénué d'intérêt, c'est juste que j'ai toujours bien aimé les campagnes de pub Marc Jacobs, et je trouvais le parallèle avec le shooting Harpers Bazaar assez flagrant.

Après, je vois cette campagne comme une version plus souriante et beaucoup moins vulgaire que celle de Tom Ford for Men. Personnellement, j'aime vraiment ce que fait Tom Ford côté design mais ses campagnes du pub, réalisées justement par Terry Richardson (encore lui !), sont excécrables. Je ne vois vraiment pas l'intérêt de cette mode du porn (pas) chic. Sans oublier l'image dégradante de la femme et de l'homme. La nudité, même si elle est sensée faire vendre un parfum, ne me gène pas en elle-même, mais là, c'est trop. On dirait un sale gosse qui s'amuse à dire des gros mots pour voir si un adulte va venir lui laver la bouche avec du savon. Pure provocation pas constructive du tout.

vendredi 14 mai 2010

Serge Noire




Serge Noire est un parfum sorti fin 2008 par Serge Lutens. Ce parfum, ainsi qu'El Attarine, mettrait fin la la période de creux artistique qu'aurait traversée Serge Lutens les 3-4 années précédentes (je ne peut pas me permettre de juger par moi même, étant donné que je n'ai pour l'instant pas suffisamment de recul sur son travail).


Avec Serge Noire, on retrouve la patte du maître qui l'a rendu célèbre, à savoir une composition ambrée-boisée (ses matières de prédilection), légèrement fumée. Dans la description du parfum donnée par le site de la marque, un seul mot : cendré. De quoi maintenir le mystère. Et d'ailleurs, à ce titre, Serge Noire est un parfum mystérieux.

D'abord, le titre : à la fois une référence au prénom du maître et à la toile des tabliers d'écoliers d'autrefois. Et puis cet adjectif : noir. On sait que Serge Lutens sait habilement jouer de synesthésies pour les noms de ses parfums en leur attribuant des couleurs (comme autrefois Rimbaud avec les voyelles - mais il s'agit là d'une autre histoire, et d'un autre domaine). On a donc eu des Chypre Rouge, Santal Blanc, et autres Gris Clair. Mais ici noir, une couleur ayant une signification très particulière dans la culture occidentale : le noir des soutanes, des costumes masculins, des vêtements de deuil, de l'habit des puritains religieux du XVIe siècle. On entre ici dans un univers masculin, sacré, voire un peu morbide. Et c'est exactement ce que retranscrit ce parfum (qui fait d'ailleurs partie de la "collection noire" de l'artiste).




(Au XVI e siècle, pendant les guerres de religions, le costume -masculin et féminin- a subi d'importantes modifications pour finalement arriver à un idéal de sobriété - excepté les fraises en dentelle peut-être. Cela tenait essentiellement au fait que catholiques comme protestants essayer de prouver aux yeux de tous de leur dévotion - et ce serait donc à celui qui sera le plus pieux que Dieu accordera la rédemption. Leur vêtement, noir, était un moyen comme un autre de prouver leur piété. Ci dessus, le portrait de Catherine de Médicis)



Un parfum noir, mais qui est travaillé en clair obscur. La tête se compose de "notes éthérées", très versatile qui, d'emblée, donnent un aspect étrange à la composition. On sent ensuite très distinctement des résines -encens et benjoin- finement travaillées qui lui confèrent le côté mystique. Cet ensemble est réchauffé par des épices, notamment de la cannelle et peut-être du clou de girofle. Le fond est boisé, avec un très beau patchouli sur lequel repose toute la structure, et aussi des notes ambrées un peu chaudes. On a donc affaire à une composition magnifique, subtilement équilibrée entre le côté poivré-fumé du patchouli et des résines, et de l'autre, la facette chaude et camphré des épices, le tout se confondant dans des volutes de cette "note éthérée" que l'on perçoit au début.


Techniquement, je dirais plutôt que Serge Noire a la puissance d'un clair obscur. Sombre, mais laissant apparaître des notes plus claires et plus chaudes. Il a un côté un peu mélancolique que j'apprécie beaucoup. Lorsque je le sens, j'imagine tout de suite une atmosphère un peu gothique, un peu romantique : un exemple parfait de ce qu'aurait été le travail de Caspar David Friedrich si celui-ci avait été parfumeur. Un parfum de pure imagination qui n'emprunterait à la nature que certains de ses traits afin de nous la rendre reconnaissable malgré tout (je suis assez loquace sur ce sujet, la peinture de paysages -rêvés, fantasmés- est un sujet qui me passionne).


Caspar David Friedrich, The Cross in the Mountains, 1812


J'ai parlé du côté masculin de ce parfum. Malgré tout, à mes yeux, celui-ci reste un pur parfum mixte. Il ne fait que dégager une atmosphère de masculinité, à cause de sa sobriété et de la référence à la toile noire (pour ma part, j'imagine tout de suite les toges des étudiants britanniques du début du siècle à Cambridge). Une femme peut tout à fait le porter. Un parfum de brune, même.


Un parfum raffiné, donc à essayer de toute urgence pour les amateurs d'art, de costumes bien taillés ou tout simplement si vous vous sentez d'humeur un peu mystique.

mardi 27 avril 2010

(...)

En fait, avec toutes les conneries que je balance sur cette page, je me demande si ce ne serait pas plus judicieux de créer une page pour tous les trucs autre que "parfum".
Oui mais ...
Je me dis que si je venais à écrire un article sur, je ne sais pas, la peinture de paysages pendant la période romantique, celle-ci pourrait avoir de toutes façon avoir sa place parmi les parfums. Parce que les différentes formes d'art s'inspirent les unes les autres. Parce que les cloisons imposées par la classification traditionnelle des différentes formes d'art s'avère être parfois totalement désuète. Parce que la critique de parfum, et la compréhension du monde de la parfumerie fait appel au langage imagé et au langage musical. Et parce qu'il faut pouvoir avoir une vision globale sur les différentes formes d'art (et sur d'autres choses qui n'ont absolument rien à voir, simplement parce qu'elles m'amusent), je continuerai mes posts divers et variés.

mardi 20 avril 2010

classic with a twist

Les Kinks comptent parmi les très rares groupes de pop qui parviennent à être très classe tout en restant sympathique aux yeux de leurs fans (dont moi). En effet, un groupe trop bien habillé sera toujours soupçonné de promouvoir le style qu'il arbore plutôt que sa propre musique. Le style rock par exemple et sa fashion icône Pete Doherty sont de purs produits de consommation. Je reviendrai certainement sur cette idée dans un prochain article.
Mais revenons plutôt à cette formidable décennie des sixties où un groupe ne pouvait fonctionner que s'il proposait de la bonne musique.




Les Kinks, meilleur groupe anglais du milieu des années 60 ? Ils devaient rivaliser avec les Beatles, c'est vrai, mais ce sont eux qui, selon moi, ont sorti les meilleurs singles de la période 1966-1968. Enfin je m'intéresse ici surtout à leur look ultra-mods british, limite néo-dandy.
Comme par exemple avec ces vestes de chasse à courre, importables mais élégantes.




Ou encore ces pantalons en tweed (avec le pli au milieu, très important le pli au milieu !).
J'aime beaucoup la cravate en tricot de Pete Quaife portée avec cette chemise à petit col. Pete Quaife reste quand même le "King of The Mods", l'élément le plus classieux du groupe, et ce malgré le charisme des frères Davis.





Pantalons étroits feu de plancher, forcément portés avec des Chelsea Boots.
Le problème avec les Chelsea Boots aujourd'hui, c'est que la plupart d'entre elles sont trop pointues (elles sont plus orientées dans une optique rockabilly que pop classieuse), et donc importables. Associées à cette mode des frocs moulants, l'ensemble obtenu est à se suicider à cause d'un manque d'élégance proprement effroyable.
Rien de tel ici : l'équilibre de la silhouette est parfait.

Les Kinks, fashion icônes des années 60.

mercredi 14 avril 2010

brad




Non, je ne parlerai pas de Brad Pitt, mais d'un autre Brad, un grand acteur injustement méconnu. Il s'agit de Brad Davis.

Brad Davis est un acteur américain qui s'est illustré dans deux très grands films (que je recommande vivement), à savoir Midnight Express et Querelle (ein Pakt mit dem Teufel).
Et ... c'est tout, ou presque. Cependant, il serait dommage de l'oublier, car ces deux films reposent presque intégralement sur la force qu'il arrive à insuffler au personnage qu'il incarne.

In concreto, je vais me baser uniquement sur Querelle, qui, des ceux films susmentionnés, est celui que j'ai le mieux aimé (et puis Midnight Express est un film qui a de nombreux fans, lesquels livreront une critique beaucoup plus pertinente que la mienne). Querelle (1982) est l'adaptation par le génialissime réalisateur allemand Rainer Werner Fassbinder d'un roman de Jean Genet, Querelle de Brest, paru en 1947.
Il raconte l'histoire de Georges Querelle, un matelot débarquant dans le port de Brest, dont la beauté fascine hommes et femmes. Querelle est un meurtrier, c'est ce qui fait sa beauté. L'intrigue en elle-même n'a pas d'importance, elle se résumerait à celle d'un vulgaire roman de gare: c'est l'écriture de Genet, très imagée, crue et poétique, qui en fait la grâce (Querelle est maintes fois comparé à l'ange de l'Apocalypse). L'intérêt du film repose sur la transposition de l'univers très particulier de Jean Genet par Fassbinder, et de l'incarnation de ce personnage par Brad Davis. Le charme de Querelle repose sur l'harmonie du physique et du jeu de Davis : une sature trapue et très musclée, presque phallique, un sourire extrêmement subtil, et une ironie dans le regard alliés à une gestuelle harmonieuse, certains mouvements se faisant presque féminins, séducteurs. Un être étrange, purement sexuel.



Il faut bien évidement voir le film pour le comprendre. je ne peux que vous le conseiller. Ce film baigne dans une atmosphère moite, suffocante, où la mort rôde, mais d'une façon vicieuse, sous les traits de la séduction. A voir également, Jeanne Moreau en patronne de bordel chantant Each Man Kills the Things He Loves (les paroles de cette chanson sont en réalités des vers extraits de La Ballade de la Geôle de Reading, écrits par Oscar Wilde lorsqu'il y était emprisonné). Et puis c'est le dernier film de Rainer Werner Fassbinder, qui est mort avant d'avoir terminé le montage, ce qui lui donne une dimension crépusculaire, dimension accentuée par la mort de Brad Davis peu après. Pour les fans de Fassbinder de la grande époque (Lili Marleen, Le Mariage de Maria Braun), celui-ci peut s'avérer extrêmement déconcertant, de part l'éclairage jaune-orangé choisi que par les décors, un énorme plateau représentant un Brest de carton-pâte, un décor de théâtre idéal. Enfin, certaines scènes sont très explicites (le film était d'ailleurs interdit aux moins de seize ans à sa sortie en salle).


Enjoy !