jeudi 7 février 2013

dimanche 6 mai 2012

L'Ombre sur le Lac




Most of the time, synesthesias first come when testing a perfume (for the first time or after numerous tryouts). It’s actually really rare that for me to think of a peculiar perfume while looking at a picture or listening to music or watching a movie. But it has occured with this painting, The Lady of Shalott by the british preraphaelite painter John William Waterhouse, inspired by the same name poem by Alferd Tennyson. The expression of the Lady, the somehow faded colors and, most of all, the infinite melancholia emitted by this painting made me immediately think of L’Ombre dans l’Eau, by Diptyque. A french perfume with the most british twist. A green rose, crused leaves and blackcurrent. The scent of spring. It could have been a sparkling joyful perfume but it sets me on the contrary in a beautifully sad state of mind.

The scent of a melancholic landscape in a preraphaelite painting.





L’Ombre dans l’Eau, Diptyque (1983)
The perks of being a desperate romantic.

 Illustration : John William Waterhouse, The Lady of Shalott, 1888

Witches and Wizards


I know it might appear as totally crazy to some of you but an evidence appeared to me a few days ago, while I was watching some music videos by Kate Bush, an artist that I strangely love to listen to during this period of the year (few weeks before Halloween, I thing it’s pretty normal for an artist
who makes witches music).



Well anyway I was watching her videos* and while I came to Running Up That Hill, I had an illumination : “This is so Serge Lutens-esque ! “  I mean, really, I noticed a strong connection between her visual identity and Serge Lutens universe, especially his pictures. And then I naturally
thought of his perfume. Which Lutens fragrance could be combined with this great music ?




I know Luten’s creationg are strongly inspired by the Middle-East and East of Asia, by orientalism and exotism. But the fragrances that are more inspired by Europe also don’t lack mysticism (think about Chêne, Iris Silver Mist, Un Lys, Rousse, even Féminité du Bois). A mysticism which could suit Kate’s Bush somehow strange and fairy world.
I first thought about Féminité du Bois (don’t ask me why) but then I thought of the delicate and powdery Clair de Musc. Clair de Musc, definitely a perfume for a wood nymph, created by a wizard of scent.

*(and I also learned that some people are actually convinced that’s she’s a copycat of Florence and the Machine. I didn’t even wanted to try to understand)




vendredi 21 octobre 2011

Changement de site :

http://therebelgardener.tumblr.com/

A bientôt (en anglais) sur Tumblr.

mercredi 7 septembre 2011

Feel Good Perfume - Vanillary



Il faut bien le dire un jour ou l'autre, mais trop de snobisme tue le snobisme.


Je sais de quoi je parle, étant moi-même une snob de la pire espèce. Mon pire vice ? Juger, puis mépriser les gens à cause de leurs goûts : 1) musicaux – et ce depuis que j'ai 13 ans ; 2) filmographiques ; 3) parfumés. Et sans aucune honte.


Mais cela me fatigue. Je suis juste une gentille fille qui prétend être très méchante et très snob par jeu.


Les marques de niche et leur image parfois pseudo intellectualisante tendance dandy décadent fasciné par le sexe, la mort et la déchéance physique me fatiguent (oui, Serge Lutens et Etat Libre d'Orange, c'est à vous que je parle). Les références poussées aux oeuvres des écrivains et peintres symbolistes et décadents, souvent utilisées à mauvais escient, me fatiguent. Et me dépriment.


En matière de musique, de littérature ou de cinéma, tout comme en matière de parfums aussi j'ai envie de choses simples, parfois mêmes gentilles et sucrées. Des parfums « feel good », l'équivalent parfumé des films que l'on regarde jusque plus soif en cas de grosse déprime.


Mon top 3 de "Feel Good Movies" ou "Les Films que je regarde en boucle quand je suis déprimée - ou pas"



3) My Fair Lady



2) Annie Hall



1) The Royal Tenenbaums


(quoique, même mes feel good movies sont aussi des films de snob. Crotte. J'aurais mieux fait de me taire)




Ce dont je veux parler, c'est de parfums qui ne sont pas nécessairement mauvais, juste simples, sans prise de tête.


Actuellement je reconnais avoir un gros coup de foudre pour Vanillary de chez Lush (mais si, cette marque de cosmétiques anglais bizarroïdes). Moi qui me targue de détester les sucreries en matière de parfums, me voilà servie.


Vanille, jasmin, caramel, tonka. Une composition simple, mais loin d'être désagréable ou écoeurante. Juste ce qu'il faut pour éclairer une journée un peu maussade et se mettre de bonne humeur le matin.


Je ne vais par pour autant abandonner mon Dans tes Bras adoré, mon N°19 d'intellectuelle frigide et mes autres Muscs Koublaï Kahn. Je dis simplement qu'une petite friandise pop et sucrée de temps en temps peut faire autant de bien qu'une chanson des Beatles qui passe à la radio ou une bonne tasse de thé après une journée maussade.




Et pour un parfum pop et sucré, des mélodies pop et sucrées. Ou l'idéal pour commencer un lundi matin qui s'annonce pluvieux.







mercredi 27 juillet 2011

Merci Amy.



(Article sorti en pleine précipitation, suite à un évènement de merde)



Amy Winehouse par Terry Richardson


La première fois que j'ai vraiment entendu Amy Winehouse, je l'ai prise pour une artiste de la Motown que je ne connaissais pas encore. J'étais sur une radio diffusant principalement des oldies (Classique 21 anyone ?), étant à l'époque en plein dans ma période rock 70s. Et ils ont diffusé Back to Black. Dans un premier temps, je me suis imaginé une chanteuse noire, avec une choucroute bien ordonnée, un hybride entre Nina Simone et Diana Ross lorsque celle-ci faisait encore partie de The Supremes. A la fin de la chanson, le présentateur a donné le nom de la chanson. Puis celui de l'artiste. Amy Winehouse. Je ne m'attendais pas à ça. Certes, je la connaissais un peu « de vue », l'ayant aperçue au détour d'un magazine de mode. Je l'imaginais en fait davantage comme une simple artiste de R&B bidon mais qui essayait juste de se donner un genre, pour se « démarquer » (un peu comme Lady Gaga qui arrive à duper la moitié de la population – l'autre moitié n'en ayant strictement rien à foutre - en faisant passer sa soupe On-prend-le-pire-de-l'Eurodance-des-années-1990 pour une création de génie à l'aide de tenues moches, tenues qu'elle a d'ailleurs piquées sans vergogne à des gens beaucoup plus talentueux qu'elle). Je ne pensais pas qu'elle avait cette voix, ce magnétisme. Ce talent.


Cette chanson fut comme une lueur d'espoir pour moi. J'étais arrivée à un niveau de désespoir pratiquement absolu en ce qui concernait la musique pop et rock actuelle. Selon moi, on avait atteint un point de non retour. C'était bien avant que je ne creuse davantage les méandres de la création rock indépendante, et que je n'élargisse mon horizon musical à d'autres choses que du bon gros vieux rock.


Bien entendu, ce que je n'entendais n'était pas totalement nouveau. Mais grâce à sa musique, j'ai enfin accepté l'idée que, à l'heure actuelle, le recyclage musical pouvait être aussi une bonne chose.


Techniquement, je reprocherais presque à sa musique (enfin, l'album Back to Black, que je connais bien mieux que son premier) d'être trop léchée, trop suproduite, collant presque trop à l'air du temps. Trop mainstream en somme. J'aurais personnellement davantage aimé qu'elle se distingue en adoptant une imagerie encore plus rétro, puisqu'avec sa voix, et son talent, c'est une chose qu'elle aurait pu se permettre. Elle aurait pu être, encore plus qu'elle ne l'a été, une véritable icône jazz et soul.


C'est pour cela que j'attendais avec impatience son prochain album. J'aurais adoré savoir ce qu'il allait en retourner


Mon rêve aurait été qu'elle sorte un jour un album produit par Phil Spector. Le plus grand producteur de musique pop du XXe siècle. La combinaison entre sa voix et le wall of sound Spectorien aurait été une vraie merveille.

(Mais je ne pense pas que cela aurait été possible, techniquement parlant. Même si Spector n'était pas en prison, je le verrais tout de même mal en train de pousser Amy jusqu'à l'épuisement en la menaçant à l'aide d'un révolver dans une chambre froide tout en sirotant du vin dans un thermos …)


Il est trop tard maintenant. Encore un album de plus qui restera à l'état de fantasme dans mon esprit.






Merci Amy.




mercredi 20 juillet 2011

English Rose




(Attention, cet article s'inscrit dans une ambiance prout-prout très : « Soupirons dans les fleurs et morfondons-nous dans notre tasse de thé tout en nous prenant très au sérieux ... »)


Créer un parfum, c'est un peu essayer de capturer l'air du temps.


Sauf lorsque celui-ci emprunte un parti-pris absolument atemporel. Bien entendu, chaque parfumeur souhaitera créer l'Oeuvre Ultime, la création qui perdurera, se moquant des années qui passent. Mais il n'empêche que les fragrances aussi sublimes que peuvent être Jicky, Habanita, ou encore le N° 19 trahissent l'époque à laquelle elles ont été créées.

Je ne parle pas non d'une volonté quelconque d'apporter un côté délibérément rétro à un parfum. Le bouquet floral de Une Fleur de Cassie (un parfum que j'adore), rendant ostensiblement un hommage d'une rare élégance à la parfumerie des années 1930 en dit beaucoup plus sur les années 2000, date de sa composition, que sur les années 30 elles-mêmes.

Non, il s'agit bien de créer une fragrance dont on ne saurait dire si elle a un siècle ou dix ans, sans aucun lien olfactif avec une époque quelconque dans laquelle elle serait malgré elle enfermée.

Bien peu de compositeurs arrivent à cet exploit.


Mais malheureusement, en France plus qu'ailleurs, nous avons cet espèce de chauvinisme olfactif qui ne nous pousse pas forcément à tendre notre nez plus loin que les marques créées par nos compatriotes (mais il est vrai que la gamme en question est assez large …). On oublie cependant que de l'autre côté de la Manche, l'on sait également faire des parfums, différents de ce que l'on connaît en France, certes, mais qui ont aussi leurs qualités intrinsèques : tradition, belles matières premières, élégance et discrétion. La parfumerie anglaise défie le temps, les années sans prendre sans la moindre ride tout en conservant cet espèce de charme délibérément suranné. Et d'ailleurs, qui, mieux qu'un parfumeur anglais, pourrait recomposer la délicate odeur d'une roseraie au mois de mai, encore baignée de rosée ? Il faut bien l'accorder, Sa Majesté la Rose, ainsi que L'Ombre Dans l'Eau sont d'assez beaux exemples de ce que la parfumerie française peut accomplir en matière de roses discrètes et naturelles. Mais c'est définitivement la timide Elisabethan Rose de Penhaligon's qui a su me séduire.



Et qui aurait pu deviner que ce parfum est sorti la même année que Coco, un an avant Poison ?


Avec Elisabethan Rose, Penhaligon's reprend la tradition anglaise du soliflore qu'elle avait déjà exploré en offrant déjà quelques années auparavant des compositions magistrales : Bluebell (odeur de jacinthe verte et fusante dans les sous bois), Violetta (une sombre violette boisée) ou encore Lily of The Valley (un délicat muguet aux inflexions légèrement cosmétiques).


La rose ici est légère, verte. Elle s'ouvre sur quelques aldéhydes piquants, renforçant les notes de géranium employées pour leur côté frais, donnant l'impression que la fleur vient juste d'être cueillie. Un accord de rose et de violette compose ensuite un coeur beau et simple à la fois, comme si l'on avait repris l'idée générale du Paris de Yves Saint Laurent mais en le débarrassant de ses lourdeurs « grande cocotte » qui m'est non seulement insupportable mais qui « date » horriblement ce parfum. Donc un coeur simple, mais incroyablement proche de l'odeur de la rose de mai telle qu'on peut la sentir dans un jardin (que j'allais qualifier de « à l'anglaise). Je devine également du galbanum employé en petites touches afin de faire ressortir le côté « vert » de la plante. Le fond est luis aussi d'une extrême simplicité : santal, muscs, ambre. Il faut le dire, nous sommes bien loin ici de la délicieuse rose baroque de Une Rose.


Elle m'apparaît cependant d'une précision presque anatomique, comme si l'on avait voulu en capturer l'essence en la dessinant avec la précision d'un botaniste du début du XIXe siècle. Quelques lignes, un trait clair, pas trop chargé. Une esquisse de rose ancienne.



Pierre-Joseph Redouté : Rosa Centifolia



C'est une fragrance qu'on devinerait aisément porté par une Lady peinte par Gainsborough. L'odeur simple d'une rose Cuisse de Nymphe, le matin sous la rosée. L'aura d'une héroïne de Jane Austen.



Thomas Gainsborough : La Promenade Matinale


Bref, l'odeur d'une Angleterre aux accents rétros, celle des Kinks et des cottages, des soeurs Brontë et des parcs paysagers, des tasses de thé et de Saville Row.



mercredi 15 juin 2011

Vegetables

Eugène Grasset : La Belle Jardinière, 1896



Comme prévu depuis longtemps déjà, les légumes. Ce choix -les légumes parfumées- peut paraître un peu incongru, étant donné la masse plus que florissante, de très bons parfums dont je n'ai pas encore parlé. Mais les légumes - en partie parce que je suis une hipster de merde (je plaisante), est, je trouve, un très bon sujet assez décalé pour parler de parfums. Les fruits, les agrumes en particulier, occupent une place de choix dans le monde de la parfumerie. Pourquoi pas leurs compatriotes légumineuses ? Je suis d'ailleurs certaine qu'il y a au moins autant de personnes plus branchées « salé » que sucré dans ce bas-monde. Pourquoi leur dédaigner le droit de se parfumer comme leur aliment préféré (ironique) ? Certes, je ne sais pas si tout le monde prendrait de façons positive la remarque « Tu sens la betterave … » mais je préfère, personnellement, qu'on me fasse remarquer que je dégage un odeur de carottes râpées (si possible sans la vinaigrette) plutôt que le bonbon. Je n'ai plus 12 ans, et je ne suis pas une rédactrice de mode ultra bronzée obsédée par l'idée d'être boudinée dans son jean APC, accro au bio et au crudivorisme. Si le goût pour les sucreries peut facilement se justifier chez la première par le passage dans une phase de l'adolescence particulièrement ingrate, on ne m'ôtera pas l'idée que pour la seconde, cette tendance se manifeste par : 1) un goût de chiottes affirmé, et 2) une méconnaissance absolue du mot « hédonisme ».

Bon, je vais me taire maintenant. Ou mes lecteurs vont finir par croire que je suis sponsorisée par Le Labo.

Je commence tout d'abord en trichant un peu : dans mon grand potager olfactif, je vais démarrer en me penchant tout d'abord sur le sort des tomates. Comme tout le monde le sait, ces beaux végétaux charnus ne sont pas à proprement parler des légumes. Et ici, je ne parlerai non pas de l'odeur de leur chair, mais de celle, très particulière, de leurs feuilles (je re-triche). C'est cette note que l'on retrouve dans l'Eau de Campagne, composé par J-C Ellena pour Sisley. Il semblerait d'ailleurs que les restrictions de l'IFRA sur la stémone qui donne cette note de feuille de tomate, aient conduit à réduire sa concentration dans l'Eau de Campagne, laquelle a par la même occasion perdu un peu de son âme dans cette opération. Le second exemple de l'emploi de cet note est bien entendu L'Ombre dans l'Eau, dans laquelle la tomate ne se fait qu'artifice, au même titre que la rose, pour relever la fraîcheur et la verdeur du cassis, la vrai note « star » de cette eau de toilette. L'Ombre dans l'Eau, fausse rose et vrai parfum fruité. L'intérêt principal de la feuille de tomate étant surtout de diversifier la palette des notes vertes, dans laquelle on retrouve le galbanum, bien entendu, la note la plus utilisée (à relativiser puisque les parfums verts restent assez exceptionnels) et, dans une plus moindre mesure, le lierre ou la jacinthe.

Parmi les notes de légumes qu'on pourrait qualifier de grand public, on retrouve le concombre. Ce curcubitacé est exploité pour apporter une fraîcheur un peu juteuse, une note aquatique aux parfums. On peut le rapprocher de l'utilisation de la note melon ou pastèques, lesquelles sont toutefois plus riches et sucrées (allez-donc sentir Le Parfum de Thérèse pour vous en convaincre). Au concombre, on peut parfois reprocher son odeur aquatique un peu cheap, un peu plastique. Il n'empêche que, utilisée judicieusement, cette note peut donner de jolies choses. Utilisé en solinote dans le Splash Cucumber de Marc Jacobs (discontinué aujourd'hui, il me semble), il révélait une facette fraiche, un peu florale et légèrement miellée avec des notes de tilleul et de freesia. Un jolie eau de toilette simple, assez originale et sans prétentions, à mille lieux des néo-chypres fruits rouges de pouffiasses. Plus original, et plus poétique, Un Jardin Après la Mousson de Hermès (mon favori dans cette série de jardins) où cette fois-ci, c'était son côté froid, frais qui était exploité, mis en avant au coeur d'une structure combinant épices froides (cardamone en tête) et vétiver, bois froid lui aussi. Enfin, à titre tout à fait anecdotique, on retrouve également une note de concombre chez En Passant de Olivia Giacobetti aux Editions de Parfums Frédéric Malle.

Autre légume, plus underground celui-ci : la carotte. La note de carotte est une note que j'associe souvent à celle de l'iris, qui, outre sa fameuse facette violette, dévoile parfois un aspect vert un peu amer, râpeux. C'est cet iris qu'utilise le parfumeur pour apporter, dans les rares parfums où elle est ouvertement revendiquée, cette note de carotte. En plus de l'iris, la graine de carotte est aussi utilisée à cet usage, mais à titre beaucoup plus anecdotique (il me me semble qu'il n'y a guère que le parfum Nombril Immense de chez Etat Libre d'Orange qui la revendique dans sa composition). L'iris a donc cet avantage, avantage qui peut parfois donner des résultats sur peau assez … surprenants et inattendus lorsqu'on teste un soliflore à l'iris, lequel aura, sur un peau comme la mienne, immédiatement tendance à virer à la carotte. Hiris de Hermès, composé par Olivia Giacobetti, qui se veut poudré et végétal, éloigné de l'aspect cosmétique parfois associé à cette plante, fait partie des iris qui ont facilement tendance à jouer les bad boy légumineux. Et c'est encore pire pour Iris Silver Mist, sur ma peau en particulier. Tandis qu'une peau normale verra se développer des notes boisée, des notes de violettes, la mienne fait systématiquement virer l'iris du côté légume, et pire que du côté carotte. Iris Silver Mist, sur moi, c'est l'équivalent d'une roulade dans un champ de persil.

Mais nous sommes ici dans le domaine des notes de légumes non revendiquées. Chez les marques de niches, ce sont deux parfums qui revendiquent la carotte dans leur composition. Tout d'abord, I Love Les Carottes, composé par Olivia Giacobetti pour la marque bio Honoré des Prés joue à fond le registre solinote. Ici, nous avons une sorte d'hyper-carotte qui regroupe tous les aspects du légume, lesquels se révèlent au fil de l'évolution : le côté terreux, le croquant, la chair douce, un côté légèrement beurré, la légère amertume. Si Une Rose reprenait, en un seul parfum, toutes les facettes de cette fleur, I Love Les Carottes réussit l'exploit de faire la mère chose, mais avec un légume. Ce qui est autrement plus classe. Et enfin, chez Etat Libre d'Orange, la carotte est également présente en majesté, mais en duo avec un autre légume, le potiron.

Le potiron donc. Like This retravaille son aspect crémeux, un peu farineux. Je sais que la note en elle même est quelque chose de recherché, et non pas simplement incidente comme peut l'être la carotte chez Iris Silver Mist. Je ne sais vraiment pas comment Mathilde Bijaoui a réussi a l'obtenir mais je pense que c'est la combinaison immortelle-gingembre-vétiver-coumarine qui doit former le squelette nécessaire à la construction olfactive de cette note. Un vrai exploit qui a bien mérité sa récompense du Grand Prix des Spécialistes.

Et enfin, je termine comme j'ai pu commencer, en trichant un peu. Puisque ce dernier paragraphe sera consacré aux champignons, lesquels ne sont pas non plus des légumes, ni même des végétaux aux stricte sens du terme mais un groupe à part, génétiquement parlant (je voudrais bien vous donner plus de détails mais je fais des études de droit). Et le seul parfum dans lequel on retrouve cette note de champignon est bien entendu mon Dans Tes Bras bien aimé. J'en parlerai davantage dans un article à venir, puisque ce ne serait pas lui rendre justice que de lui consacrer uniquement un petit paragraphe au détour d'un article sur les légumes. Tout ce que je peux dire, c'est que c'est, de loin, la facette la plus inattendue de ce parfum. En terme de champignons, c'est des petits champignons de Paris frais qu'il se rapproche le plus. Certains évoquent une odeur de sous-bois, d'humus en parlant de cette note, mais pour moi, ce serait la champignonnière installée dans une grotte (à ce parfum, j'associe également le calcaire, puisque je lui trouve aussi une note de craie). Si cette note fait parfois quelques petites apparitions pendant l'évolution sur ma peau du parfum, je connais certaines personnes sur laquelle elle devient omniprésente, presque dérangeante, à la limite de la perversité.

(Et je pourrais continuer sur l'odeur de salade fraîche de M/Ink, ou la pomme de terre de Bois Farine, mais je pense que dans ces deux hypothèse, ça doit juste être moi qui ai un problème)

Je ne sais pas si c'est une tendance de fond, associé à la mode du bio, du retour à la nature et aux basiques comme le potage de grand-mère mais je pense que cette mode, bien que très minoritaire, pourrait très bien se développer. Par attrait pour la nouveauté, l'expérimental, mais aussi parce que, plus que les odeurs d'acier ou d'oxygène liquide, ces notes de légume ont quelque chose d'incroyablement réconfortant, et qu'elles font appel à un espèce d'inconscient collectif d'une espèce génération un peu paumée qui, aujourd'hui essaie, comme elle le peut, de se créer des racines. Parce qu'une odeur d'enfance au final, ce n'est pas seulement la fraise tagada un peu écoeurante qui colle aux dents, mais aussi celle de la soupe dans la maison de sa grand-mère.

Et histoire de continuer sur la nostalgie, pourquoi ne pas regarder un petit bout des aventures de Léguman, le justicier légume qui sévissait sur les écrans du service public et qui, avec ses collègues de Téléchat, a du traumatiser à vie une bonne poignée de mômes durant les années 80.

Si vous n'avez pas fini de revivre vos cauchemars d'enfant, je vous conseille plutôt porter une oreille attentive à ce chouette morceau des Beach Boys, nommé Vegetables, et qui, a ce jour, reste la seule chanson aux monde dédié aux légumes (mais j'avoue que quelques années plus tard, les Sparks ont fait quelque chose de pas mal dans leur genre en écrivant des chansons sur les ananas, les éternuements ou les moustaches). Et en bonus, on peut entendre Paul McCartney marquer le rythme en coupant en rondelles des carottes (enfin, personnellement, je pencherai plutôt pour la branche de céleri, mais bon ...)

lundi 14 février 2011

Valentine




Happy Chet Baker Day everyone !

dimanche 2 janvier 2011



Bonne année à tous, meilleurs voeux, etc ... (et surtout, merci de me suivre dans mes délires parfumés)

Pour ce premier post de l'année, juste une image qui annonce un article à venir, histoire de terriblement vous laisser languir :


PS : L'avez-vous reconnu ?

Malgré mon manque évident de loquacité ces derniers mois, je dois tristement vous annoncer que je ne serai pas de retour avant la mi-janvier à cause de mes partiels. J'espère vous livrer alors quelques sympathiques nouveaux articles, ainsi que rééditer d'autres plus anciens, supprimés parce qu'ils ne me plaisaient pas (L'Ombre Dans L'Eau, Habanita et Putain des Palaces).

A très bientôt !

samedi 27 novembre 2010

End of The Season II




Comme promis, voici la suite de la liste de ma sélection de parfums pour l'automne (je devais initialement la publier dimanche. L'on admettra alors que j'ai une conception très extensive du terme « lendemain »).


Musique : The Kinks - Autumn Almanac







Alphons Maria Mucha, Fruit


Vétiver Tonka, de Hermès, s'annonce comme une très belle option pour la saison. J'apprécie beaucoup ce vétiver au final assez pur, débarrassé de son côté âpre, aux relents presque tabacés que développe la plante, et qui, j'en conviens, peut facilement dérouter. Et comme toujours avec Ellena, cette simplicité et cette clarté dans l'exécution. Ici, l'intérêt du parfum repose essentiellement sur ce fond légèrement gourmand de fève tonka et de douces notes un peu pralinées, suffisamment transparentes pour ne pas tomber dans l'excès de gras et de sucres. Vétiver Oriental proposait déjà une belle variation sur cet accord vétiver mêlé à des notes orientalisantes (plus chocolatées chez Lutens tout de même), plus sombre et intense, peut-être plus raffinée mais au final je reconnais lui préférer l'écriture de Jean-Claude Ellena.



Ensuite, parmi les odeurs VRAIMENT automnales me vient à l'esprit un trio de fragrances très différentes, qui se complètent habilement pour retranscrire d'une façon très délicate ce que sent réellement l'automne (et non pas, comme précédemment, quelle odeur conviendrait à la saison)


Terre de Bois, de Miller Harris, est pour moi l'odeur idéale pour la saison. Un boisé très délicat et aromatique, introduit par un verveine très verte, introduisant un fond boisé humide de patchouli et de vétiver, exempts de leurs notes parfois trop âcres si particulières. Terre de Bois, ou l'odeur d'une promenade dans la campagne encore humide de rosée, à la lisière d'un bois, chaudement enveloppé dans un pull en grosses mailles irlandaises


Ensuite, je recommande fortement Filles en Aiguilles. Mais cette fois-ci, il s'agit plutôt d'une odeur automnale d'un intérieur de maison. L'odeur d'un foyer en automne. Filles en Aiguilles offre une lutensinade très particulière ici puisque les notes d'encens sont très développées, brûlées, m'évoquant instantanément non pas une odeur d'église mais plutôt celle d'un feu dans un poêle en fonte. Les notes de pin, inhabituellement employées d'une façon extrêmement chaleureuses m'évoquent à la fois l'odeur adorée du feu de bois mais également celle qui se dégage lorsqu'on brûle du charbon. Et les fruits confits sont ici clairement identifiés comme de la pâte de coings en train de cuire. Filles en Aiguilles, c'est l'odeur de notre cuisine en automne.


Like This, troisième parfums retranscrivant « l'odeur » de l'automne joue sur les deux registres, entre promenade à la campagne et odeurs de maisons. Je doute qu'il soit encore nécessaire de le présenter après toutes les critiques élogieuses qui en ont été faites à sa sortie en mars. Tilda Swinton, pour son parfum, a voulu retranscrire l'odeur de son foyer. Il en résulte un combinaison plus qu'astucieuse de notes boisées sèches de vétiver qui, mariées à l'immortelle, m'évoquent le foin; de notes musquées, et surtout un trio de notes « oranges » pour Tilda à la chevelure flamboyante : mandarines, carotte et, pour la première fois en parfumerie, de potiron. Like This m'a semblé incroyablement familier, et ce dès que je l'ai senti. Un condensé d'impressions olfactives.



Et enfin, le parfum que j'ai choisi d'adopter et qui risque fort de devenir mon odeur celui que je ne lâcherait pour rien : Dans Tes Bras. Je ne m'y attarderais pas davantage, car, bien que cela fasse déjà deux mois que je ne porte plus que lui, j'ai toujours du mal à mettre les mots qui convienne,t sur ce mélange si particulier d'héliotrope, de muscs, de bois et d'encens traités en sourdine, de champignons frais et de poudre. Tout ce que je sais, c'est qu'il me fait défaillir à chaque fois.



Bientôt s'annonce l'hiver … Une autre sélection parfumée peut-être ?

samedi 20 novembre 2010

End of the Season : parfums pour l'automne



Musique : the Kinks - End of the Season

(Je m'excuse tout d'abord pour mon retard, j'avais initialement prévu du publier cette liste début novembre mais quelques évènement extérieurs m'en ont empêchée. Voici une erreur maintenant réparée)



Alphons Maria Mucha : L'Automne


Cela faisait déjà plus d'un mois que j'ai commencé à rédiger cette liste de parfums pour l'automne, mais je ne me suis décidée à la publier à l'heure actuelle pour deux raisons. Tout d'abord parce que cette fin du mois de septembre et la première partie du mois d'octobre se sont révélés très doux et chauds, un temps tout à fait inapproprié pour parler de frimas et de feuilles mortes. Et ensuite parce que je considère que c'est la fin octobre qui représente le mieux cette saison (ou du moins, c'est la période pendant laquelle la saison automnale se révèle sous son meilleur jour). Pour ma jeune mémoire, ce sont de longs après midis passés à boire du thé, et à manger de la tarte aux pommes en lisant et relisant indéfiniment la romance tourmentée entre Heathcliff et Catherine dans Wuthering Heights (un de mes livres préférés), enroulée sous ma couette .


L'une des principales difficultés à prendre en compte dans l'élaboration d'une telle liste, ce sont les facteurs météorologiques. La plupart des gens voient leurs goûts en matière de parfums (ou de nourriture) évoluer avec le temps qu'il fait, et en l'espèce, je trouve que c'est en automne que ce facteur varie le plus. Il y a certes ces superbes après midi où le soleil joue à cache cache dans les feuilles d'arbres qui commencent à roussir et à tomber sur la pelouse mais également ces très longues journées déprimantes où l'on voit à peine la lueur du soleil et où la pluie, l'humidité semblent s'être infiltrées partout. Et c'est dans ces moment qu'il faut savoir particulièrement bien choisir son parfum (sous peine de spleen mortel).


Donc voici une petite liste, quelques idées de parfums que je trouve particulièrement adaptés à la saison, une saison automnale qui irait jusqu'à en magnifier certains.



Eau Lente, de Diptyque, par exemple, est un parfum que je ne pourrais envisager que porté en automne, et plus précisément pendant la période fin novembre-décembre, période correspondant aux fêtes de Noël. Avec ses accents épicés, cannelle, muscade, et surtout un beau clou de girofle piquant rappelant L'Eau de la même maison, sur une base d'opopanax (qui développe sur ma peau des accents de chocolat blanc), on ne peux que penser aux odeurs de pains d'épices et d'autres petites merveilles gustatives que cette période nous réserve. Pour moi, ce serait plutôt des Zimtsternen (« étoiles à la cannelle », de savoureuses pâtisseries allemandes), une promesse de délices et de réconfort lorsque le beau temps n'est pas au rendez vous, comme c'est hélas trop souvent le cas.


Je pensais ensuite à un classique, l'Heure Bleue, pour les soirées. Je lui substituerait bien Habanita mais Habanita me semble trop évident avec ses notes ambrées, vanillées, tabacées. Trop automnal en somme. L'Heure Bleue possède les notes chaudes, douces et poudrées de Habanita mais lui amène un souffle printanier en substituant les notes masculines de tabac par d'autres, plus légères et florales de l'iris, de l'anis et de la violette. L'Heure Bleue reste dans une optique automnale en parant notre cou comme le ferait une étole de fourrure mais garde quelques accents évoquant des cieux plus cléments, me rappelant qu'après et malgré le froid viendra par la suite le beau temps.


Je sais que cette affirmation fait très cliché, mais l'automne se révèle être la saison idéale pour (re)découvrir cette famille assez mal aimée, et ô combien distinguée que constitue celle des cuirs. Je reprends donc ici l'idée de L'Heure Bleue, mais je la transpose en lui enlevant en partie ses éléments printaniers dont je viens de faire l'éloge pour les substituer à une base de … cuir. Et l'on obtient Cuir Mauresque de Serge Lutens (que j'ai eu la joie de découvrir grâce à sa sortie des Salons du Palais Royal cette année). Cuir Mauresque, ce serait en quelque somme un très belle femme, parfumée d'Heure Bleue qui s'assiérait pour fumer dans un beau fauteuil club en cuir, lequel serait recouvert d'une étole aux motifs persans.


Un autre cuir, pour les messieurs celui-là : Bel Ami, de Hermès. Ici, nous sommes cependant dans un domaine olfactif un peu différent de celui abordé par Cuir Mauresque. Au lieu de cuirés ambrés, nous avons ici un beau cuir épicé, qui joue en plus habilement sur une note de tabac un peu âcre. A vrai dire, Bel Ami se rapproche plus de la famille des chypres que de celles des cuirs (mais la frontière entre les deux se révèle souvent poreuse, en attestent les superbes Bandit et Jolie Madame, tous les deux oeuvres de la grande Germaine Cellier), et se déploie autour d'une note que j'apprécie beaucoup, celle d'oeillet, qui ammorce habilement le fond cuir-tabac. Le côté épicé de l'oeillet se retrouve en plus renforcé par un bel accord d'agrumes et d'aromates. Bel Ami est de loin mon parfum masculin préféré, mais je trouve que c'est porté en cette saison qu'il dévoile le mieux toutes ses subtilités.


Et comme en chaque période, en chaque saison, il est toujours agréable de sentir des roses, voici mon choix : Elisabethan Rose de Penhaligon's. En l'espèce, la rose qui correspondrait le plus à la saison qui est aujourd'hui traitée serait Une Rose, avec son incroyable absolue de rose si dense et ses relents vineux mêlés à ceux, plus terreux, de la truffe. Mais choisir Une Rose en automne, ce serait presque un cliché. C'est la raison pour laquelle je substitue cette rose dense et opulente à celle beaucoup plus verte, minimaliste et timide de Elisabethan Rose, de Penhaligon's. Comme je l'ai déjà affirmé avec L'Heure Bleue, ces notes fleuries s'annoncent comme de vraies promesses de printemps, parfaites pour contraster avec la morosité des journées si courtes de la saison.



Ce sera tout pour aujourd'hui. Je vous laisse en en compagnie d'un Ray Davies croonant sur la fin de l'été et sur sa copine qui le quitte.

Je vous livre le reste de mon top ten demain, et j'attends avec impatience que vous me confiez le nom de vos parfums préférés pour la saison.

lundi 8 novembre 2010

Portrait of a Lady



Contrairement au parfums d'autres maisons, ceux réunis par les Editions de Parfums Frédéric Malle n'ont pas cette cohérence qu'aurait une collection regroupant les oeuvres d'un seul et même artiste ; où l'on sentirait la patte particulière d'un seul et même maître, auteur de toutes les oeuvres réunies sous un même nom - je pense notamment aux parfums Serge Lutens qui, presque sans aucune exception, portent la marque distinctive du tandem Serge Lutens – Christopher Sheldrake ; ou encore aux dernières créations Hermès, oeuvres d'un seul et même homme, Jean Claude Ellena.

La collection présentée par les Editions de Parfums me ferait plutôt penser à des oeuvres appartenant à différentes époques, écoles et auteurs qu'un amateur éclairé aurait réunies. De fait, les Editions de Parfums Frédéric Malle ne semblent pas transcrire l'univers d'un « nez » en particulier, mais témoigner des goûts exquis de l'homme qui a pris le soin de regrouper ces mêmes oeuvres.


Portrait of a Lady est la dernière acquisition de cet esthète, inscrit dans une esthétique délibérément rétro.


Léonard de Vinci, La Belle Ferronnière. Je voyais plus la Lady comme une beauté peinte par le Titien, mais ce tableau se rapproche plus de l'état d'esprit du parfum. Les oeuvres de Titien sont trop sensuelles.


Je reconnais ne pas avoir prêté beaucoup d'attention au parfum la première fois qu'il m'a été donné de le sentir, ceci étant dû à mon excitation. Et j'avoue avoir été déçue, à la première olfaction, par une similarité avec Une Rose dont j'aurais préféré ne pas remarquer l'existence. Je n'avais tout simplement pas compris. J'avais certes saisi sa beauté, mais pas l'essence de cette beauté. Parce que Portrait of a Lady est d'une complexité telle qu'il faut du temps pour pouvoir comprendre un tel chef d'oeuvre.


La beauté de Portrait of a Lady est cérébrale. Sa séduction n'a pas pas l'évidence d'un Shalimar ou même d'un Féminité du Bois, bien que ce parfum partage avec Portrait of a Lady la même intelligence. Pour un parfum comme Shalimar, la séduction opère par la rondeur, la chaleur qui se dégage du parfum. Ici, la Lady est d'une austérité presque monacale. Austère, mais extrêmement complexe.


La première chose qui m'ait frappée, c'est la rose. Une rose thé, mais sans la rondeur et la fraîcheur habituelle qui lui est habituellement dévolue, et qu'on retrouve dans la parfumerie anglaise, par exemple. Jusqu'ici, la seule rose thé (que je connaisse) qui soit traitée sur un registre oriental et chaud a été Opôné, une petite merveille enrobée d'épices et en particulier de coûteux safran. Une rose anglaise qui se serait égarée sur un marché aux épices au moyen orient. La parenté avec Opôné ne me semble pas fortuite : c'est en effet à ce parfum, et avant même avoir songé à Une Rose que m'a fait penser Portrait of a Lady.

Mais ici, la rose n'est pas aussi moelleuse que peut l'être Opôné : les épices sont bien présentes, mais la cannelle et le clou de girofle ne l'habillent pas avec la même chaleur.


Cette rose épicée, s'épanouit sur un lit de fruits, légers – framboise, cassis et pêche, bien que cette dernière ne soit pas mentionnée dans la description officielle - qui viennent apporter de la rondeur à un parfum dans l'ensemble très rêche. Ces fruits ressortent comme s'il avaient été peints sur un fond noir dans une nature morte baroque. Ils ont ronds, luisants, à la fois extrêmement détaillés et très peu réalistes, donnant au début de la composition une légère inflexion ronde et sucrée.


Comme pour Une Rose, le parfum gravite autour d'une note de rose que les autres notes viennent habiller. Mais au cours de l'évolution, la rose se transforme subtilement en un beau patchouli âcre, un patchouli qui devient alors le centre gravitationnel du parfum. Contrairement à d'autres fragrances où rose et patchouli s'affrontent dans une sorte de clair obscur aux contrastes éclatants, ils jouent ici un rôle complémentaire pour mieux se confondre dans les notes de coeur, et subtilement se substituer l'un à l'autre sans jamais totalement disparaître alors que le parfum continue d'évoluer.

Le patchouli ici est âpre et sec, avec une odeur de moisi très caractéristique. L'odeur me fait ici penser à celle d'un vieux livre que l'on vient d'ouvrir, ces volutes odorantes un peu irritantes qui viennent nous piquer le nez avec leurs relents anciens de moisissure. Moisissure noble bien entendue, qui s'accompagne d'une sorte de « lutensinade* » - la comparaison avec Féminité du Bois n'était pas fortuite - enrobant cet accord de patchouli de notes plus douces et orientales. Encens, santal et cèdre (sans les notes de fruits confits chères à M. Lutens) apportent au patchouli une noblesse qu'il n'aurait peut être pas su atteindre seul. Mais malgré cette somptueuse parure olfactive, le patchouli de Portrait of a Lady ne parvient pas à se débarrasser de son austérité, et n'acquiert pas le côté sensuel qui est pourtant souvent attaché à cette odeur. Reste son incroyable intelligence, et c'est dans cela que résume le génie du travail de Dominique Ropion : la création d'un oriental non sensuel, ou du moins, à la sensualité pas si évidente.



Un parfum hybride, entre floral épicé et oriental boisé, une confusion olfactive entre les notes de roses et de patchouli, l'un devenant l'autre sans que l'autre disparaisse complètement … Un grand parfum qui semble jouer les sur les règles de la parfumerie classique pour mieux les transgresser sans pour autant choquer les sens. Un parti pris réussi, donc, pour un parfum cérébral qui demande qu'on prenne le temps de le comprendre afin de mieux en apprécier la subtilité.



*Par « lutensinade », j'entends l'accord très particulier cher aux parfums Serge Lutens que l'on retrouve dans des parfums tels que Féminité du Bois, Five O'Clock au Gingembre, Serge Noire, Fille en Aiguilles pour ne citer qu'eux. Il s'agit d'un accord oriental très particulier qui se compose principalement d'encens, de bois (santal et cèdre le plus souvent, parfois du patchouli) et de fruits confits, assortis d'épices chaudes. La « lutensinade » serait aux créations Serge Lutens ce que la Guerlinade est à la maison Guerlain.

vendredi 15 octobre 2010

Belle and Sebastian






La sortie d'un album attendu est toujours un évènement pour la basse plèbe de fans de Belle and Sebastian dont je dois avouer faire partie. En effet, le groupe originaire de Glasgow ne nous avait pas offert de son neuf depuis un album datant de 2006, The Life Poursuit. Lequel s'était avéré extrêmement mauvais. L'album d'avant, Dear Catastrophe Waitress, qui, bien que n'égalant pas le vide abyssale de The Life Poursuit , manquait également du charme des débuts (quoique, la chanson Piazza New York Catcher était vraiment bien).






Qu'est ce qui a bien pu arriver à ce groupe entre le très bon album Fold Your Hands Child You Walk Like A Peasant (datant de 2001 pourtant) et la pop fadasse et gnan gnan dont nous a gratifié Belle and Sebastian ces dix dernières années ? Belle and Sebastian semble réellement avoir perdu son identité, sa fragilité pour se fondre dans un moule pop british sans intérêt, parfait pour l'Angleterre actuelle, une Angleterre avec des rues commerçantes moches pavées, ornées de Starbucks et de Top Shop, et où l'on croise des gens "cool" portant des fringues de mauvais goût. Ce qui est d'autant plus déprimant des ces derniers albums, c'est que sous les mauvaises chansons perce quand même le génie de ce groupe.

Je garde du respect pour Belle and Sebastian. Pour la pop fragile des débuts. Pour leurs chansons ciselées comme des bijoux arts déco qui devaient illuminer les dimanches matins pluvieux des années 1990. Un groupe qui avait l'art de vénérer le temps en suspens et les moments précieux. A les entendre, on avait l'impression de pénétrer dans leur vie, une vie d'étudiants qui font des pique-niques das les parcs en automne devant les bibliothèques et qui portent de jolies chemises. Je continue toujours d'aimer pour ce qu'il a été. Un grand groupe, qui faisait de grandes chansons et de grands albums. Cependant, je trouve que le groupe donne le meilleur de lui même sur les titres pas sérieux, comme Legal Man, ou sur les EPs (je pense notamment à Lazy Painter Jane).


Et qu'en est-il de Write About Love ? Je l'ai écouté plusieurs fois, et je suis au regret de dire que la magie n'opère pas non plus cette fois. A part peut être I Didn't See It Coming et I want The World To Stop qui sortent du lot, l'ensemble est assez plat. C'est gentil, c'est mignon, mais c'est chiant et aussi fade qu'une tasse de thé froid. Désolée. J'avais pourtant beaucoup espéré.

En attendant, je me console en écoutant en boucle If Your Feeling Sinister, The Boy With The Arab Strap et Fold Your Hands Child, You Walk Like A Peasant qui eux, ne me décevront jamais.

(je suis désolée, les clips du groupe sont absolument introuvables sur les sites d'hébergement de vidéos)


vendredi 17 septembre 2010

Louise ou Coco (Chanel)




(cet article est la réécriture de celui du mois de mai consacré à ce même parfum)

Coco est un parfum injustement méconnu. Inconnu dans le sens où sa petite soeur Coco Mademoiselle, qui n'a de parenté avec son ainée que le nom, est incroyablement populaire alors qu'en comparaison, Coco a l'air d'un parfum confidentiel. Ce n'est pas que l'insipide Coco Mademoiselle soit un mauvais parfum, mais en comparaison avec sa jolie grande soeur, ce néo-chypre propret - accessoire parfait des jeunes filles de bonne famille à mèche et sac Longchamp - fait bien pâle figure avec ses accents fruités et clean.


En comparaison, Coco a une sensualité plus affirmée, et en même temps plus ambigüe. Fausse femme fatale et vraie ingénue ? Ou l'inverse. Car Coco est un parfum qui se remarque. Première composition du nez Jacques Polge au sein de la maison Chanel, ce jus sorti en 1983 a été inspiré par une visite du parfumeur dans les appartements de Gabrielle Chanel, au 31 rue Cambon. Un lieu marquant, baroque, avec ses tentures, ses sculptures et ses paravents de laque. Jacques Polge en a tiré un parfum oriental complexe et savoureux.


Ses accents orientaux l'inscrivent directement dans l'optique des parfums capiteux de l'époque, initiés en grande partie par Opium de Yves Saint-Laurent, sorti en 1977 (ou Youth Dew de Estée Lauder pour certains). Les adjectifs ne manquent pas pour décrire Coco. Ce parfum s'ouvre sur une tête bergamottée renforcée par de la coriandre, épice aux accents citronnés. Très vite, un coeur floral moelleux et épicé s'épanouit, comme pour faire écho à Opium, justement (mais en moins épicé): des roses, du jasmin, de l'ylang-ylang travaillé en sourdine, du clou de girofle et une note de pêche. La même que l'on retrouve dans Mitsouko. Si celle de Mitsouko faisait écho à l'odeur incroyable d'une peau de femme, un peu poudrée, celle de Coco est vive, perçante, c'est l'odeur de la peau d'une femme fatale. En plus de la pêche, on peut distinguer de la prune, très certainement due à l'emploi d'une molécule nommée prunol. Mais ces notes de fruits sont liquoreuses, à la limite de l'odeur entêtante et légèrement écoeurante de fruits qu'on aurait laissé pourrir au soleil. Chose intéressante, le prunol sera très largement réutilisé quelques années plus tard dans un parfum qui, lui, semble s'inspirer encore plus directement de Mitsouko, à savoir Féminité du Bois. Les notes de fond ne sont pas plus apaisées : un santal rond et chaud renforcé par de la vanille et de l'ambre, et les notes animales de la civette, débarrassée ici de ses relents un peu fécaux.


Construit comme un parfum de brune, Coco varie sur chaque peau, et peut prendre des accents plus fragiles, comme peut parfois le faire Mitsouko. Coco est une armure dans laquelle la garçonne ou la femme fatale s'affirme, et dans laquelle l'ingénue cache ses failles, comme derrière un rouge à lèvres sang ou une paire de talons. L'ingénue qui veut se sentir invincible, ou la vamp qui a peur de ses faiblesses. Et telle est Louise, l'héroïne des Nuits De La Pleine Lune, film de Eric Rohmer sorti justement en même temps que Coco.



Les Nuits de la Pleine Lune est le quatrième film de l'ensemble des six films qui constituent la série des Comédies et Proverbes, illustrants chacun une citation où un proverbe. Les Nuits de la Pleine Lune ou « Qui a deux femmes perd son âme, qui a deux maisons perd sa maison », proverbe de la province de Champagne.


Partagée entre son Marne-la-Vallée et le quartier latin, Louise (interprétée par Pascale Ogier) badine avec l'amour. Elle aime son fiancé Rémi mais elle lui est insaisissable. En voulant profiter de sa jeunesse et jouir de sa liberté, elle joue avec le feu. D'abord avec le désir qu'elle lit dans les yeux de son ami Octave (Fabrice Luchini), écrivain qui souhaiterais la voir à ses côtés plutôt qu'avec. Puis avec un inconnu croisé à une fête chez son amie Camille, fête à laquelle se croisent Octave et Rémi. Commence alors un jeu de séduction plus ou moins conscient entre les différents personnages. Louise joue avec l'amour en voulant assurer son indépendance et s'éloigne de son fiancé, prétendant que s'il le veut, il peut être libre lui aussi.

Mais c'est en comprenant le jeu que joue Louise que Rémi finit par la perdre. Alors qu'elle décide de revenir vers lui, il ne l'aime plus, car de son côté, il en aime un autre. Comme toujours, Rohmer décrit avec subtilité les rapports amoureux entre les êtres, dans un langage qui n'appartient qu'à lui. Un film d'une surprenante musicalité, où le phrasé particulier de Pascale Ogier se mêle à celui de Fabrice Luchini, le tout avec la musique d'un groupe que j'adore, Elli & Jacno, qui ont composé la BO du film. Fait intéressant, la chanteuse du groupe, Elli Medeiros fait une apparition en cameo au moment de la scène de danse chez Camille, sur sa propre chanson, Les Tarots.


Louise est ainsi le prototype même de la femme que je verrais porter Coco, forte et fragile, bien loin de l'image renvoyé par la publicité de Jean-Paul Goude avec Vanessa Paradis en petit oiseau en cage. Publicité superbe, certes mais Vanessa Paradis manque de force pour incarner Coco. Mutine, fatale et un brin énervante, autant d'adjectifs qu'il est possible d'attribuer à Louise, ou à Coco.


Enfin, revenons à Coco Chanel, la vraie. On peut s'étonner qu'une femme ayant une vision aussi sobre de la mode féminine puisse vivre dans un appartement au décor aussi chargé J'ai lu quelque part dans un livre de l'auteur britannique E M Forster que la maison, l'endroit où nous habitons est en réalité le reflet de notre âme et qu'à ce titre, une maison pourra plus nous renseigner sur son habitant que la personne elle même. Pour Chanel, je pense qu'il n'est pas étonnant de la savoir vivre dans un tel endroit : avec sa personnalité complexe, son appartement baroque ne pouvait être que le reflet de son âme.

mercredi 8 septembre 2010

très cher traître



Musique : Schubert, Das Wandern
(pour activer la musique, faire "clic droit" puis "ouvrir dans un nouvel onglet")





Comme vous avez déjà certainement pu le deviner dans certains de mes précédents articles, Etat Libre d'Orange est une marque que j'aime bien. Bien évidemment, on peut leur reprocher pas mal de défauts : des compositions parfois un peu bancales, certaines matières premières de qualité moyenne et évidemment une image parfois un peu ridicule. Soit. Mais, s'il y bien quelque chose qu'on ne pourra jamais reprocher à cette marque, c'est de ne rien évoquer. Chacune des compositions que j'ai pu sentir, à ce jour, m'a paru incroyablement explicite, et pas seulement d'un point de vue purement sexuel (et c'est d'ailleurs en grande partie grâce au pouvoir d'évocation de l'odorat que je me suis tournée vers le monde du parfum). Si, côté évocations parfumées, la maison Guerlain est reine, celle-ci m'évoquerait plutôt la peinture impressionniste, jouant sur l'émotion et les sensations. Chez ELO, on est vraiment dans l'hyperréalisme. Et pas toujours du meilleur goût, d'ailleurs. Je pense que c'est principalement dû au fait que pratiquement toutes leurs créations ont une structure baroque, et que pour la plupart, cette structure vient du fait que le nez veut raconter une histoire : l'angelot baroque (je parle ici de peinture) tout en chair et en dorures du Divin Enfant, le matador de Vierges et Toreros, etc. Histoires plus ou moins sensuelles (voire sexuelles). Ou pas.


Eloge du Traître est à l'heure actuelle une de mes références préférées chez Etat Libre d'Orange. Ce n'est certes pas la création qui a l'identité olfactive la plus marquée, ni la plus originale de la gamme mais je lui trouve malgré tout de nombreuses qualités, et en particulier d'être bien équilibrée et d'avoir un très grand pouvoir d'évocation.


Dans l'ensemble, Eloge du Traître se présente comme étant un fougère de facture assez classique aux accents aromatiques. Plus proche de Jicky que de Le Mâle, la lavande en moins. La tête tourne autour de notes d'armoise et de clou de girofle qui donnent un effet de végétation assez « épicée », et assez âpres dans l'ensemble. On retrouve ces notes d'armoise dans le Bandit de chez Robert Piguet, bien que celles-ci m'apparaissent à la fois comme étant plus« brouillées » mais en même temps plus agressives dans une composition qui tourne majoritairement autour de cuir et de tabac. Ici, c'est un effet de végétation qu'on ressent davantage : l'armoise étant très certainement renforcée ici par un accord assez classique de géranium et d'agrumes (très certainement de la bergamote : étant assez insensible aux agrumes lorsque ceux-ci se présentent en note de tête, je les devine plus que je n'arrive à les sentir). Ensuite, le côté végétal est renforcé avec un coeur riche en laurier et en pin, deux notes que je trouve assez difficiles à manipuler : la première risquant, si elle est mal utilisée, de tomber dans le côté pot-au-feu, et la seconde, dans le côté désinfectant. J'aime beaucoup l'odeur du laurier : elle me rappelle à la fois le savon d'Alep mais également des odeurs de cuisine et de potager. Pour adoucir ces deux notes, on retrouve un accord - un peu pervers, il faut le dire - de cumin mêlé à de l'hédione, molécule rappelant le jasmin. C'est ce même accord que l'on retrouve dans Eau Sauvage et qui vient débaucher ce parfum qui, sinon, risquerait de tomber dans le registre « cologne pour pépé ». Enfin, on a un fond boisé qui mêle le patchouli à des notes plus chaudes de cuir. Et des muscs en faible quantité, histoire de donner un peu de consistance au tout.


Dans l'ensemble, je trouve qu'il y a une forte ressemblance entre cet Eloge du Traître et le merveilleux Fou d'Absinthe de l'Artisan Parfumeur, créé par Olivia Giacobetti, et notemment pour tout ce qui concerne leurs notes de tête et de coeur. Mais, plus encore que Fou d'Absinthe, Eloge du Traître semble reprendre l'équation utilisée pour les notes de fond dans Bel Ami, de chez Hermès : un fond boisé (presque chypré) et animalisé, annoncé par des notes de coeur épicées.


Disons que globalement, j'apprécie beaucoup les fougères aromatiques lorsque celles-ci ne surjouent pas la carte du mâle hyper testostéroné. Et ce parfum joue avec élégance sur ce registre.


C'est dans sur un registre plus sensible, moins macho que se développe l'Eloge. Ses accords aux accents à la fois rétro et sensibles me font invariablement penser au mouvement romantique, allemand en particulier (ou plutôt au Sturm und Drang – Tempête et Elan- , mouvement précurseur du romantisme presque exclusivement allemand). En fait, aussi étrange que cela puisse paraître, j'associe mentalement cette fragrance au livre fondateur de ce mouvement, Les Souffrances du Jeune Werther de Goethe (c'est également le premier roman du poète allemand). Et ce par les notes de pin, que j'associe à la Forêt Noire, tout en forêts et en sommets ; par ses notes aromatiques d'armoise, évoquant plutôt un village alsacien paisible endormi par la chaleur en plein après-midi de juin ; et par ses notes orientalisantes de savon d'Alep (un idéal de voyage, d'un ailleurs plus ensoleillé, leitmotiv romantique à la Delacroix ?).


Der Wanderer über dem Nebelmeer, Caspar David Friedrich.


Eloge du Traître, c'est le parfum que j'imaginerais porté par le jeune romantique allemand, la figure classique du « Wanderer », qu'il soit peint en Voyageur au Dessus de la Mer de Nuages de Caspar David Friedrich ou chanté dans un opéra de Schubert. Werther est un peu tout cela. Voyageur solitaire, il se meurt d'amour pour Lotte (Charlotte), laquelle est cependant promise à un autre, Albert. Bien qu'elle le sache épris d'elle, Lotte ne cède pas à ses avances, se marie avec son promis et demande à Werther, par convenance, de la voir moins souvent. De plus en plus désespéré, Werther finit par demander à Albert de lui prêter ses pistolets « pour un voyage », ces derniers lui étant remis par une Lotte éprouvée. Wether finit par se donner la mort d'une balle dans la tête, mais ne meurt qu'au bout d'une longue agonie. Il finit enterré sous un tilleul, arbre souvent décrit dans ses lettres par le héros.


Roman-clef du Sturm und Drang, Werther reçut de vives réactions à sa parution. Que ce soit du côté de ses admirateurs et de ses détracteurs d'ailleurs, puisqu'il abordait un le suicide, thème tabou à l'époque, mais qu'on retrouvera par la suite dans de nombreuses oeuvres, romantiques ou non (j'ai notamment en tête un tableau exposé au Palais de Beaux-Arts de Lille représentant une jeune femme essayant de se donner la mort par asphyxie).


Outre le personnage principal, Werther, le Traître évoque par ses accents aromatiques légèrement résineuses les paysages de campagne et de montagnes plantées de sapins décrits dans l'oeuvre, riche en allusions olfactives. Dès la première « lettre » (car les Souffrances du Jeune Werther est un roman épistolaire), le ton est donné : descriptions d'une nature joyeuse et accueillante, et surtout, cette phrase, naïve et exaltée : « Il n'est pas d'arbre, il n'est pas une haie qui ne soit une gerbe de fleurs et l'on voudrait devenir hanneton pour voguer dans cet océan de senteurs parfumées et y trouver toute sa pâture ».


Tout comme la progression qui s'opère en Werther et dans le paysage qui l'entoure (le paysage, reflet de son âme tourmentée ?) la progression olfactive va elle aussi en s'assombrissant. Gai, lumineux au départ, il se pare par la suite de riches accents pour finir dans des tons froids, sombres, pour mieux préfigurer une mort horrible certes, imminente, mais salvatrice.


Ce parfum a été conçu pour rendre hommage à tous les grands traîtres : Judas, Remus, Brutus... Traîtres qui ont fait l'histoire, assassins, délateurs en tous genres. Mais à chaque fois, la victime est un Autre.


En se suicidant, Werther ne commet pas une traîtrise envers quelqu'un d'autre mais envers lui même. Le refus de la vie, n'est-ce pas la plus grande des traîtrises ?

mercredi 1 septembre 2010

girls


Je viens de découvrir à l'instant cette vidéo, ultra léchée comme je l'aime, ainsi que la chanson, qui m'ont tout de suite plu.

Girls - "Lust For Life" (official video)

mercredi 21 juillet 2010

19 (le coeur ou la raison)



Il y a des oeuvres qu'on voudrait tant aimer, comprendre et pouvoir se les approprier. Des chefs d'oeuvre dont on espère un jour qu'ils feront partie de notre histoire personnelle. Mais on a beau les voir, sentir, écouter à maintes et maintes reprises, se renseigner sur eux et, rien à faire, il y a toujours quelque chose qui nous échappe et qui fait que l'oeuvre en question devient opaque.
Je suis dans ce cas pour de nombreuses oeuvres : la musique de Chopin, la peinture de Rubens, et un très grand parfum que je n'ai découvert qu'assez récemment, à savoir le superbe Chanel No 19.


J'ai apprécié ce parfum sur touche lorsque je l'ai senti pour la première fois (avec une petite préférence pour la version eau de parfum) mais ce n'a pas été un claque, un déclic (bon ou mauvais, d'ailleurs) ou un coup de coeur comme avec des parfums tels que Dans Tes Bras, Féminité du Bois ou encore Après l'Ondée. Juste une impression positive, qui peut donner envie d'aller plus loin, d'essayer à nouveau pour être séduite.


Après avoir entendu énormément de bien du No 19, je me suis fait faire un échantillon afin d'apprivoiser ce parfum sur ma peau. Et là, j'ai beau avoir essayer et ré-essayer, rien à faire : le Chanel No 19 et moi sommes tout simplement incompatibles.


Ce n'est pas tant un problème de notes qui ne tiennent pas ou qui virent : c'est l'incapacité qu'a ce parfum à provoquer en moi une émotion, une association ; chose qui se passe d'ailleurs habituellement avec les autres parfums. Mais là, impossible.


Alors oui, c'est une très belle création. Une tête agréable, avec un galbanum justement dosé : pas trop puissant (contrairement à (untitled), héritier direct du No 19 qui je trouve, joue un peu trop dans la surenchère de ce côté là), pas trop âcre, et mêlé à quelques aldéhydes qui annoncent un coeur floral assez poudré : rose, ylang, jasmin sans doute et des notes vertes très légèrement terreuses apportées par la jacinthe (qui, entre parenthèses, est l'une de mes obsessions olfactives) et surtout de l'iris. Et puis un fond légèrement chypré, mousse de chêne en tête, avec également du patchouli, un peu de vanille, du santal et de l'ambre.


Dans l'ensemble, ce No 19 me fait penser à un parfum Guerlain sorti quelques années auparavant, à savoir Chant d'Arômes, dont ma mère possédait un flacon dans lequel j'ai allègrement tapé durant mes années à l'école primaire. Mais alors que je trouve que ce Guerlain, et tous les Guerlains en général sont vraiment expressifs (dans le sens où, tout de suite, une image nous vient à l'esprit dès la première olfaction), le No 19 est tellement abstrait que je trouve qu'il est assez difficile de se l'approprier. Et c'est un trait commun à la plupart des Chanel que j'ai pu sentir (sauf peut-être Coco, qui se rapproche un peu des Guerlain dans la forme et l'esprit). Guerlain repose beaucoup sur des images, des sentiments : il y une très grande capacité d'évocation, tandis que Chanel est inflexible et abstrait. Chanel serait donc très cérébral et reposant sur la raison pure tandis que Guerlain laisserait une plus grande part aux émotions : c'est encore l'éternel duel entre le coeur et la raison (pour ma part, je me suis la plupart du temps rangée du côté de la raison mais je pense que cette fois-ci je vais me ranger dans le camp « Guerlain »)


Je le trouve très beau, mais je suis incapable d'émettre un jugement à son propos : est-ce que j'aime ou pas ? Le fait est que je n'arrive pas à le cerner, à le comprendre, donc je pense que le Chanel no 19 fait définitivement partie des oeuvres (avec Rubens et Chopin) qui m'échapperont à tout jamais.

mardi 13 juillet 2010

(untitled) : avis



J'avais déjà parlé de ce parfum -sans le connaître réellement- dans un article datant de mars où j'exposais mes attentes et mes appréhensions concernant (untitled). Je l'ai néanmoins senti peu après mais j'ai préféré attendre avant de donner mon avis.


Il faut bien l'avouer, ma première impression a été plus que détestable. Je trouvais la fragrance bancale, et pour tout dire pas agréable du tout. Les notes de tête étaient, je trouve, lourdes et écoeurantes. J'avais l'impression que deux tourbillons parfumés, le premier, vert, s'en allant en se rétrécissant avec le temps, et le second aux accents balsamiques qui s'en allait grandissant essayaient tant bien que mal de s'encastrer sans jamais se mêler l'un à l'autre et sans grande cohérence. Deux tourbillons que tout opposaient en fait coexistant dans une sorte de cacophonie olfactive pas des plus agréables. J'ai beau l'avoir essayé et réessayé plusieurs fois, rien à faire, toujours cette même répulsion.


Par contre, il y a peu, j'ai reçu en échantillon par la poste, ce qui m'a laissé tout le loisir de le tester chez moi au calme. Et j'ai pu le redécouvrir. Disons que maintenant, j'ai un avis un peu moins négatif, mais je ne peux m'empêcher de trouver que la publicité du parfum (tordante, par ailleurs) a fait part de mégalomanie assez excessive par rapport au jus qui nous est ici proposé.


Tout d'abord, on a un souffle de galbanum assez puissant, qui, par chance, évite de tomber dans le âcre comme Y de Yves Saint Laurent semble parfois le faire. Ce galbanum est accompagné de lentisque, note qu'on retrouve dans la tête de Habanita. Cette tête me fait énormément penser à l'odeur du buis fraîchement coupé au printemps, un odeur verte assez particulière. Ensuite vient un fleur d'oranger qui vient adoucir la composition en lui donnant un aspect plus doux, cotonneux mais limite médicinal. Comme souvent, une touche d'iris vient marquer la transition entre notes de coeur et notes de fond, cet iris étant, je trouve, assez terreux. Puis après, c'est une sorte de débauche de muscs, de résines -benjoin et encens en tête- et de santal qui vient apporter cette facette blanche, balsamique que l'on trouve dans ce parfum.
Pas des plus désagréables, mais ce n'est pas du « jamais-senti en parfumerie » non plus. Je le vois plutôt comme un version « modernisée » de Chanel No 19 (bien que ce dernier n'ait pas besoin d'être modernisé de quelque façon que ce soit, loin de là). Certes, on peut considérer qu'il y a rupture dans le sens où les parfums verts ne sont pas spécialement répandus côté lancements ces dernières années (exception faite de A Scent) et qu'on a souvent à faire à des jus de fruits assez insipides. Alors, oui, (untitled) sort un peu du lot parmi ces lancements. Mais après, on est pas non plus dans la super innovation non plus puisque la fragrance reprend des thèmes olfactifs déjà très usités : il suffit de sentir, au choix, le No 19 ou Y pour se rendre compte que c'était pour ces fragrances, et pas pour (untitled) que la rupture a eu lieu.


Et puis, en parlant de déjà-senti, je ne suis pas la seule à remarquer qu'il y a une parenté plus qu'ambiguë entre certains parfums Prada et ce Margiela. Et pour cause, puisque c'est le même nez, Daniela Andrieux, qui se cache derrière (untitled) et les parfums Infusion d'Iris et L'Eau Ambrée. Si on pressent une parenté entre Infusion d'Iris et (untitled) à cause des notes « vintage » d'iris, de benjoin et de fleur d'oranger employées par la créatrice, on a carrément l'impression de plagiat olfactif lorsqu'on compare la fragrance Margiela avec L'Eau Ambrée. Sérieusement, les notes de coeur sont exactement pareilles. Je n'avais pas senti L'Eau Ambrée avant disons, il y a une semaine, mais je voyais bien la parenté entre l'Infusion et (untitled). Maintenant que j'ai senti cette eau, la ressemblance saute aux yeux (enfin, au nez). Donc côté originalité, on repassera.


Personnellement, je pense qu'il aurait été beaucoup plus judicieux de créer un parfum tournant autour du patchouli pour une première fragrance Martin Margiela puisqu'il s'agit de la signature olfactive de la maison, et ce bien avant qu'il soit question de créer un parfum à leur nom. (d'ailleurs, en parlant de la maison, je suis vraiment contente pour eux parce qu'après une période de creux suivant le départ du maître, elle semble avoir repris du poil de la bête et livre un collection automne-hiver assez intéressante : pourvu que ça dure !)


Un détail intéressant, c'est que je trouve qu'il y a une note de plâtre frais, très Margielienne justement, dans la composition qui vient donner un côté un peu décalé à l'ensemble. Si je devais retranscrire visuellement le parfum, je dirais : le château de Versailles relooké façon Margiela sous la pluie. C'est-à-dire recouvert intégralement d'un drap en coton blanc, avec simplement un chiffre dans un cercle imprimé dans un coin. Il faudrait imaginer le sol et les murs recouverts d'enduit frais blanc, avec du plâtre plein les escaliers. Et dehors, une pluie viendrait s'abattre sur les graviers, les oranger en fleurs dans leurs bacs et les jardins à la française bordés de buis et chargés d'iris en fleurs.


C'est un peu tout cela que m'évoque (untitled) : malgré leur volonté de faire un parfum neutre, sans évocation olfactive, les codes de la maison finissent par emprisonner la parfum dans son propre univers : au lieu de ne rien évoquer, il finit par évoquer Maison Martin Margiela elle-même.

mardi 6 juillet 2010

sparks

"The olfactory sense is the sense that evokes the most strongly the memory of the past. Well, screw the past. That's why I want to live my life with you."

Ou un groupe encore honteusement oublié par l'histoire, à savoir The Sparks, un duo formé par des frères de LA distillant un pop classieuse sur fond de synthés, et ce avec la même grâce depuis un peu plus de 40 ans (et quelques 21 albums). Des précurseurs de toutes la pop synthétique qui suivit, et je pense en particulier aux Pet Shop Boys. Textes intelligents, drôles, cyniques et tristes, petits riffs aux synthés et la voix haut perchée de Russel Mael.

Avec cette chanson qui aborde, justement, le parfum, on se trouve sur l'avant-dernier album, un peu déroutant je trouve. Bien sur, les Sparks on évolué avec les années, loin des accents glam-rock de This Town Ain't Big Enough For The Both Of Us, euro-disco à la Moroder de Number One Song in Heaven ou dance de When Do I Get To Sing My Way (certainement ma préférée). Les Sparks ont mûri, leur musique aussi, mais ceci reste assez déconcertant. Mais écoutez plutôt.